A 20 km au sud de Bergerac, le village d'Issigeac est essentiellement un bourg médiéval. Cependant, ses racines sont bien plus anciennes car des vestiges préhistoriques ont été retrouvés sur la commune.
Naissance à l’époque des silex...
Contrairement aux Bastides, villes nouvelles du XIIIème s., l'histoire de Issigeac remonte à la nuit des temps. Outre les silex taillés et des pointes de flèches, témoignages de la présence humaine dès la préhistoire, on a retrouvé lors de travaux d’assainissement en 1994, une villa Gallo-romaine du IVème siècle et des sarcophages Mérovingiens datés du VIème s.
Au IVe siècle de notre ère, il existait une villa gallo-romaine dont la partie balnéaire a été retrouvée en 1994, à l'occasion de travaux de voirie. Cet édifice était orné de mosaïques, d'éléments décoratifs en stuc. Une nécropole mérovingienne s'implanta sur le site même de la villa, ruinée lors des invasions barbares
Le propriétaire de la villa Sedius a donné son nom au village : « Sediacum », la propriété de Sédius. Ce nom sera décliné en Issigiacum, Sigiacense, Eyssigeac au fil des siècles pour finalement aboutir à Issigeac au XVIIème.
Un monastère s’installe...
Le moine Cibar aurait fondé en 557, le premier monastère « Monasterium Sediacum » et plus tard, vers le XIIème siècle, un prieuré fut construit et placé sous la protection de l’Abbaye Bénédictine de Sarlat, la plus importante du Périgord méridional. De ce fait, en 1153, lorsque le Pape Eugène III stipule par l’envoi d’une Bulle Express les privilèges et possessions de celle-ci, Issigeac bénéficie de la protection papale.
La première mention écrite d'Issigeac date de 1008 et concerne l'église Saint-Martin. En 1153, les textes mentionnent le monastère, qui dépendait de la grande abbaye de Sarlat. Durant le XIIIe siècle, la cité se blottit à l'intérieur de remparts, afin de se protéger des combats de la Guerre de Cent Ans. Cette seigneurie dépendait des seigneurs de Bergerac, mais très vite, les doyens (responsables de la communauté de moines) accaparèrent les droits féodaux, et devinrent seigneurs spirituels et temporels de la juridiction d'Issigeac. Des coutumes (« Charte de privilèges ») furent rédigées en 1298.
Issigeac s’étend en dehors de ses murs...
Issigeac se distingue alors par son seigneur Doyen, prieur du monastère et Seigneur du village, et ses Coutumes écrites en 1298, ensemble de règles de vie devenues par modus vivendi des lois. Grenier à blé du Périgord, le bourg est prospère les hommes y sont francs, la vie agréable à l’abri des remparts construits au XIIIème s. sous la protection du roi d’Angleterre Edouart 1er.
Mais sa prospérité attire les convoitises. En 1300, il est attaqué par Renaud IV de Pons, Seigneur de Bergerac , et porté à l’actif de L’abbaye de Sarlat lorsqu’en 1317, le Pape Jean XXII la transforme en l’Evêché.
En 1351, Issigeac fut rattaché aux biens de l'évêché de Sarlat : dès lors, Issigeac devint une résidence des prélats de Sarlat. L'église actuelle fut construite au XVIe siècle par l'évêque Armand de Gontaut-Biron. Mais bientôt, la cité souffrit beaucoup des Guerres de Religion. Le château et l'église furent en partie détruits, et la cité ne retrouva son calme qu'au XVIIe siècle. L'église et l'actuel château furent reconstruits sous l'épiscopat de François II de Salignac de Lamothe-Fénelon. C'est à cette même époque que Fénelon, célèbre écrivain, résida chez son oncle dans ce château.
La guerre de 100 ans éclate et en 1437, Issigeac tombe sous l’obédience du Roi de France Charles VII. L’essor économique reprend peu à peu et en 1527, l’Evêque Armand de Gontaut Biron fait ériger une imposante église de style gothique tardif qui aura nécessité 40 ans de construction. Les guerres de religion l’endommageront presque aussitôt car Issigeac fut l’un des plus ardents foyers de la réforme.
En 1660, François II de Salignac Evêque de Sarlat, oncle de Fénélon auteur de Télémaque, fait construire son château, l’actuel Palais des Evêques.
En 1789, la cité rédigea son cahier de doléances et connut pendant tout le XIXe siècle de nombreux changements, heureusement sans trop d'effets sur l'architecture du bourg. Malgré un regain d'activités au siècle dernier, la cité s'endormit au début du XXe siècle, ce qui la préserva des grands travaux de réaménagements urbains.
Aujourd'hui, Issigeac est une petite cité qui a maintenant enrayé son exode rural tout en se préservant de l'essor industriel du XXe siècle. Issigeac fut en 1988 le lieu de tournage du film "La Soule" (ancêtre du rugby) de Michel Sibra avec notamment Richard Bohringer. Le marché dominical, relancé par le développement international de l'aéroport de Roumanière, est particulièrement réputé.
Progressivement construites autour d’un monastère bénédictin, les étroites ruelles de Issigeac s’enroulent comme une coquille d’escargot, bordées de maisons de pierres du XIIIème et XIVème siècle ou de maisons à pans de bois du XVème – XVIème siècle, espacées souvent de placettes ombragées offrant chacune une fontaine. Des remparts construits au XIIIème siècle lui confèrent définitivement sa forme ronde.