Les villes qui adhèrent à la Route Jacques Cœur, ont en commun une grande passion pour l'Argentier du roi et pour l'Histoire en général. A Saint-Amand Montrond , le souvenir de Sully ou du Grand Condé hante les souterrains de la forteresse de Montrond, alors que le musée Saint Vic possède de nombreuses œuvres dont les sculptures de Popineau.
Lorsque vous êtes à Saint-Amand Montrond, ne manquez pas la cité de l'Or, qui vient d'ouvrir ses portes, un palais des temps modernes en forme de pyramide que n'aurait pas désavoué Jacques Cœur, qui fut toujours en avance dans le domaine de l'architecture. Et puis, l'Or et la Monnaie, furent avec le commerce, parmi les grandes passions de Jacques Cœur.
Bourges enfin, avec le Palais, mais aussi les apports de Jacques Cœur dans la cathédrale de Bourges, pour laquelle il dépensa beaucoup d'argent. Son fils Jean ne fut-il pas archevêque de Bourges. Il faut voir la sacristie et ses vitraux, ou encore sa chapelle, représentant une Annonciation, sans doute un des plus beaux vitraux français du XV ième siècle.
Malgré les trente résidences qu'il possédait dans le Berry, c'est à Bourges qu'il faut aller chercher l'empreinte de Jacques Coeur. Ce fils d'un marchand fourreur profita de la présence de la cour dans la ville, qui fut de 1418 à 1438 la capitale du royaume, pour gagner la confiance de Charles VII dont il devint le grand argentier, finançant en partie la campagne finale de Jeanne la Pucelle contre les Anglais.
A Bourges où il est né, tout parle encore de ce riche marchand spécialiste des échanges avec l’Orient et familier de Charles VII jusqu’à sa disgrâce. Et, indiscutablement, visiter la capitale du Berry sur les pas de Jacques Coeur, c’est plonger, au Moyen-âge, dans le monde des marchands.
Pour commencer la balade, l’idéal c’est de se rendre près du nouveau centre commercial Avaricum : là se trouve la rue de la Parerie. Jacques Coeur y a vu le jour en 1400, explique Isabelle Renault, guide-conférencière et céramiste. Du logis, il ne reste rien. Les maisons ont été reconstruites après que le grand incendie de 1487 a dévasté un tiers de la cité. « Ici, c’était le quartier des tanneurs.
Venant de Saint-Pourçain-sur-Sioule, Pierre, le père de Jacques s’y était installé dans l’espoir de tirer partie de la proximité de la cour du duc Jean de Berry », note Isabelle Renault. Maître Coeur était artisan pelletier : a priori, rien ne laissait augurer que son fils deviendrait l’homme le plus riche de France.
Au bout de la rue de la Parerie débute la petite rue Notre-Dame. Elle abrite l’église éponyme où Jacques Coeur a été baptisé. Au XIIIe siècle, elle s’appelait Saint Pierre-le-marché, c’était l’une des 16 paroisses de la capitale du Berry qui comptait 10 000 habitants. Serrée au milieu des maisons, l’église n’était pas, alors, joliment gothique : elle aussi a été reconstruite après l’incendie de 1487.
En poursuivant, on arrive place de la Barre. De là, on grimpe rue Pelevoysin qui tombe dans la rue du Commerce. Il faut la remonter sur la gauche, poursuivre tout droit rue Moyenne jusqu’à l’enclos des Jacobins (juste en face de l’étonnante Poste néo-gothique). En descendant cet enclos, on arrive rue d’Auron. A 50 mètres à gauche, se trouve la place Marcel Plaisant : s’y trouve l’hôtel du département qui a intégré ce qui reste du somptueux palais de Jean de Berry. La sainte chapelle qu’il avait fait construire entre 1391 et 1397, a en revanche été détruite au XVIIIe. Elle incluait un collège où Jacques Coeur a étudié.
Sur cet emplacement, existait une maison appartenant à Lambert de Léodepart, prévôt de Bourges. Jacques Cœur l’acquiert par son mariage avec la fille du prévôt, Macée de Léodepart, vers 1420 (Photo ad2t-s-champault)
En effet, les Coeur s’étaient installés en 1410 en haut de la rue d’Auron. En face de leur logis, assez modeste, se trouve une demeure plus cossue à pans de bois longtemps présentée, à tort, comme la maison natale de Jacques. Là vivait Lambert de Léodepart : ce noble était prévot des marchands et chambellan du duc. Sa fille, Macée, épouse Jacques Coeur en 1420 : une vraie promotion sociale ! Jacques Coeur, bientôt père de quatre enfants (trois fils et une fille), habite dès lors la maison Léodepart, dot de son épouse.
Après avoir abandonné une entreprise de frappe de monnaie qui lui a valu quelques ennuis, il fait, en 1432, un grand voyage autour de la Méditerranée. Il en revient avec l’idée de commercer avec Damas, Alexandrie, la Grèce, la Turquie, l’Italie. Bientôt, il a sa propre flotte à Aigues Mortes et un solide réseau de correspondants -les « facteurs »- en France, en Europe, en Méditerranée.
Dès lors, « il s’enrichit en échangeant soie, épices, draps, fourrures, toiles et même or et argent», poursuit Isabelle Renault. Et ce d’autant plus que l’homme est bientôt propriétaire d’une mine d’argent en Bourgogne-sud.
Le contexte est troublé, pourtant : le duc de Berry est mort en 1416, la France en proie aux épidémies, aux brigands et surtout à la « guerre de cent ans » avec les Anglais : le roi, Charles VII a dû se réfugier à Bourges dans le palais ducal. Devenu un de ses familiers, Jacques Coeur se verra confier moultes charges (receveur des taxes sur le sel, collecteur des impôts en Languedoc, maître des monnaies, argentier, etc.). Il prête aussi beaucoup aux nobles, récupérant, lorsqu’ils ne peuvent rembourser, quelques-uns des châteaux qui se trouvent aujourd’hui sur la route qui lui est dédié à travers le Berry
Anobli en 1441, il se fait bâtir une « grant’maison confortable » dite Palais Jacques Coeur, situé dans la rue désormais éponyme. Pour le trouver, il faut tourner le dos à la rue d’Auron, emprunter à gauche la rue des armuriers, passer la place des quatre piliers. Ce chef d’oeuvre de l’architecture gothique tardive, a été édifié, entre 1440 et 1450, autour d’une cour, sur le modèle des palais italiens. Sa façade richement décorée est percée d’immenses ouvertures. Il inclut des sculptures, de fines colonnettes et des raffinements orientaux.
«Macée est morte de chagrin six mois après l’arrestation de son mari», assure Isabelle Renault. Elle est enterrée, en face du palais, dans la nef de l’Eglise Saint Austreillet qui abrite aujourd’hui … le restaurant Chez Jacques. Les enfants finiront par récupérer le palais. Vendu au 16e siècle à la famille de l’Aubespine, il sera, plus tard, hôtel de ville de Bourges puis palais de justice et, après le rachat par l’Etat en 1926, « monument national ».
A droite du palais, un petit escalier descend vers la rue des Arènes qui longe l’ancien rempart, édifié au IVe siècle, à la fin de la période romaine, avec les pierres des édifices romains alentours : il fallait protéger Bourges des invasions normandes et barbares. Ce rempart a servi de base au palais Jacques Coeur qui, en l’absorbant littéralement, a, de ce côté, l’allure d’une demeure seigneuriale médiévale. Plus loin, dans cette rue, un bel hôtel renaissance en pierre et briques abrite le musée du Berry.
Il faut, ensuite, redescendre rue Pelevoysin, tourner à droite dans la rue Mirebeau qui débouche sur la place Gordaine.Pavé sous Philippe Auguste, lorsque le Berry est rattaché à la couronne française, ce lacis de ruelles médiévales est bordé de maisons à pans de bois et parfois à encorbellement. Bourges, dit-on, ne compte pas moins de 430 de ces maisons ! En y déambulant, on imagine sans peine l’ambiance au temps de Jacques Coeur.
En remontant par la rue Bourbonoux, on arrive à la cathédrale Saint-Etienne construite à partir de 1195. Avec ses cinq portails occidentaux, ses vitraux qui diffusent une « lux continua », ses hautes arcades entre la nef longue de 106 mètres et les double collatéraux, c’est une magnifique construction gothique.
La cathédrale Saint-Etienne est, malgré l’absence de transept, monumentale. Rien d’étonnant à cela : jadis, l’archevêque de Bourges était primat d’Aquitaine.
Comme tous les puissants de la cité, Jacques Coeur avait sa propre chapelle dans cette cathédrale. Elle se trouve à l’entrée du choeur, côté nord. Saint-Jacques apparaît dans le vitrail d’une grande finesse qui l’orne et représente l’Annonciation. Le riche marchand était-il aussi un homme de foi ? Isabelle Renault ne semble guère en douter. Selon elle, l’omniprésence des signes religieux dans ses propriétés témoigne de sa dévotion à Marie.
Bourges ne manque évidemment pas d’autres attraits, mais cette visite sur les pas de Jacques Coeur permet de (re)découvrir l’important rôle passé du Berry. Et aussi de toucher du doigt combien, au Moyen âge, les échanges avec le reste du monde alors connu, des Flandres jusqu’en Orient, étaient déjà intenses.