Le vin... Quèsaco ? Eh bien, personne ne le sait exactement, pas même les scientifiques ! Explication : on a beau avoir analysé, quantifié, mesuré, classifié, il est, à l'heure actuelle, impossible de déterminer la totalité des composants. La chimie olfactive ne sait pas encore tout sur ce qui fait l'odeur d'un vin. Il ne lui reste plus qu'à estimer, à la rigueur. Une centaine de substances odorantes et volatiles participeraient à son parfum.
Pour le reste, la science se venge, avec précision, cette fois-ci. Des molécules azotées activent la fermentation et délivrent les protéines et les acides aminés nécessaires. Des composés phénoliques apportent l'amertume (le tanin) et la coloration. Les sels pourvoient en acides minéraux. Le buveur occasionnel bénéficie d'un apport non négligeable en vitamines. Le vin est composé à environ 90 % d'eau. L'éthanol est le second composant le plus important, 72 g à 120 g par litre : c'est l'alcool éthylique, qui nous grise et nous rend si peu spirituels, quelquefois. En fait, le vin, c'est surtout la rencontre entre des hommes, un climat, une géologie et un terroir, du savoir-faire, de la patience et du mystère.
BIVB - BUREAU INTERPROFESSIONNEL DES VINS DE BOURGOGNE
Les principales confréries vineuses
De nombreuses confréries vineuses existent en Bourgogne, plus ou moins ouvertes aux non-initiés... Mais elles garantissent souvent le maintien des traditions et des fêtes populaires autour du vin. Le Souverain Baillage, à Pommard, la Confrérie de Saint-Vincent et des grumeurs de Santenay, à Santenay, la Confrérie de la Saint-Vincent et disciples de la Chanteflûte, à Mercurey, la Confrérie Saint-Vincent de Prisse et la Confrérie des Baillis de Pouilly-sur-Loire, voici un tour d'horizon non exhaustif des principales sociétés.
Histoire du vin de Bourgogne
Le vin bourguignon ou le plus long règne de l'histoire. Bourgogne, Bordelais et Champagne portent, à travers le monde entier, la prestigieuse renommée des vins de France. Depuis la plus haute antiquité, l'histoire du bourguignon est liée à sa terre et particulièrement à la vigne. Voici en quelques lignes un résumé succinct de l'histoire des vins de Bourgogne, qui est aussi celle de plusieurs dizaines de générations attachées à leur terre.
Une histoire remontant au Ier siècle de notre ère. " Le vin de Bourgogne assure le plus long règne de l'Histoire ", constate Raymond Dumay. Si l'origine de la vigne en Bourgogne est très ancienne, la date de naissance du vignoble de Bourgogne reste floue. Toutefois, Columelle et Strabon parlent de l'existence du vignoble bourguignon de façon certaine au Ier siècle de notre ère.
Le texte le plus ancien attestant la présence de la vigne et du vin en Bourgogne remonte à 312. Il s'agit d'un plaidoyer fiscal, destiné à l'empereur, rédigé par Eumène, président de l'université d'Augustodunum (Autun) qui forme l'élite gallo-romaine. Ce citoyen d'Autun y fait une description du vignoble beaunois. Au VIe siècle, Grégoire de Tours voit la ville de Dijon environnée de vignes. Le vin remplace la bière celte.
Le rôle prépondérant des moines. Au début du deuxième millénaire, aristocrates et communautés religieuses représentent la majeure partie des propriétaires des vignobles. C'est à l'activité des moines bénédictins et cisterciens qu'est lié le véritable essor de la qualité du vin de Bourgogne. Dans un souci de perfection, les moines ont minutieusement étudié tout ce qui pouvait contribuer à l'amélioration de la qualité : taille, boutures, greffages mais aussi méthodes de vinification. Toutefois, leur plus grande contribution s'est effectuée par la mise en valeur de la notion de " climat ". En créant les clos, les moines ont donné aux vins de Bourgogne leur identité. En construisant des celliers, les abbayes ont joué un rôle primordial dans l'épanouissement du vignoble.
Ce même vin, servi à la table des papes et des rois, devient très vite synonyme d'hospitalité et de prestige.
Une boisson en vogue à la cour des ducs. A la fin du XIVe siècle, nous assistons au mariage de Philippe de Valois, premier duc de Bourgogne, avec Marguerite de Flandre. La cour des Ducs apprécie particulièrement les vins de Bourgogne, appelés à l'époque " vins de Beaune " et participe ainsi à promouvoir sa renommée qui s'est étendue à tous les pays du monde. Entre ce même siècle et la fin du suivant, la Bourgogne devient un état puissant, prospère et totalement indépendant du royaume de France.
Un commerce dynamique en quête d'identité. Au XVIIIe siècle, le négoce s'organise grâce à l'amélioration du réseau routier qui va favoriser grandement les échanges commerciaux notamment avec Paris mais aussi avec le reste du monde par l'intermédiaire des grands ports d'Europe. Cette dynamique est suivie d'une évolution, d'une part, sur l'élevage des vins qui s'effectue en fûts neufs, et, d'autre part, avec l'apparition de la bouteille en 1750 qui s'accompagne d'une production de vins de plus longue garde.
Ce siècle est aussi dédié aux sciences : on cherche à comprendre l'excellence du vin de Bourgogne. S'agit-il du sol, du sous-sol, des événements climatiques, de cépage ou encore de l'influence humaine ? En 1728, paraît, à Londres, le premier livre consacré au vin de Bourgogne par l'abbé Claude Arnoux. Il ne se contente pas de décrire le vignoble, il l'explique : les meilleurs crus de chaque village déjà vendus sous le nom de leur appellation, de leur terroir. Le vocabulaire de la dégustation apparaît. La robe, les arômes, le goût deviennent de plus en plus précis.
Comment le Bourgogne a supplanté le Champagne. Privés de débouché fluvial porteur, les viticulteurs bourguignons travaillent la qualité en conférant au vin une valeur nouvelle moins austère et plus ouverte à l'exportation, permettant ainsi un prix du vin supérieur à celui du transport. Alors tranquille, le vin de Champagne est le seul rival du vin de Bourgogne. Choisi comme médecin de Louis XIV (1693), Fagon rédige une ordonnance qui prescrit à son patient " le vin vieux de Bourgogne " comme vin de régime. Ses effets sont salutaires. Aussitôt la Cour boit du bourgogne... et délaisse le champagne. A la même époque, Claude Brosse, vigneron en Mâconnais, se rend à Versailles avec ses tonneaux : le pionnier de la vente directe !
Les premiers négociants-éleveurs. Aux courtiers-gourmets d'autrefois qui accueillaient et guidaient le client, succèdent, à cette époque, les premiers négociants-éleveurs très présents outre-Rhin. La haute bourgeoisie, la noblesse s'intéressent à la vigne et prennent peu à peu la suite des monastères en déclin. En 1760, Louis-François de Bourbon, prince de Conti acquiert l'un des clos de l'abbaye de Saint-Vivant à Vosne : la Romanée, qu'il illustre admirablement. Thomas Jefferson visite le vignoble bourguignon en 1787. Il en donne la première description par une plume étrangère.
Deux siècles plus tard, la hiérarchie qu'il établit demeure admise. On lui doit les premières bouteilles de Bourgogne dans la cave de la Maison-Blanche.
Les mutations au lendemain de la Révolution. 1789 fait l'effet d'un coup de théâtre. Les biens du clergé sont confisqués de même que ceux d'une partie de la noblesse, devenant " nationaux " et bientôt mis aux enchères.
La très importante redistribution de la propriété, surtout dans les crus les plus éminents, profite à la bourgeoisie bourguignonne ou à des spéculateurs parisiens. Une page se tourne, une nouvelle s'ouvre. Napoléon n'admet que le chambertin à sa table, suivant lui aussi les conseils de ses médecins.
Progrès et développement des vins bourguignons. Le XIXe siècle est le symbole du progrès et celui du développement grâce, notamment, à l'ouverture du canal de Bourgogne en 1832, à la création de la voie de chemin de fer entre Paris et Dijon en 1851 avec traités de libre-échange du Second Empire avec l'Allemagne, la Belgique, la Hollande et la Grande-Bretagne. Il voit aussi le vin de Bourgogne exprimer une identité qui colore son image : un vin rouge haut en couleur, opulent, robuste ; un grand seigneur, un bon vivant. Les premiers classements apparaissent (1827, 1831 et surtout celui du Dr Lavalle en 1855) : hors-ligne, tête de cuvée, première cuvée, etc. Chaque climat est ainsi jugé en fonction de son patrimoine et de ses aptitudes. La gloire du vin blanc d'extrême sensibilité bourguignonne culmine un peu plus tard. En outre, les enchères publiques des Hospices de Beaune, dont la première édition s'est tenue en 1851, contribuent efficacement à la promotion des vins de Bourgogne.
Les années noires.
Le négoce-éleveur assure presque toute la commercialisation : il vit son âge d'or et développe fortement l'exportation jusqu'en Russie et en Amérique. Mais dans le dernier quart du XIXe siècle, le phylloxéra (le mal noir) apparaît et ravage tout sur son passage. On pratique alors la greffe, mariant les porte-greffes américains et la vieille vigne française. Loin de baisser les bras, les vignerons s'organisent, replantent la vigne uniquement sur les meilleurs terroirs, et font disparaître la production de vin de table. La crise phylloxérique met de l'ordre dans l'encépagement. Les coopératives se chargent, elles aussi, de répondre au marasme économique des années noires. La replantation s'achève trente ans plus tard, mais le paysage a totalement changé, tout est maintenant intelligemment ordonné.
La vente directe : une réponse aux difficultés économiques. Au lendemain de la première guerre mondiale, familles et patrimoines se dispersent. Le vin se vend mal. De petits vignerons achètent de petites parcelles de vigne. La " propriété " voit le jour et beaucoup de domaines, importants aujourd'hui, naissent durant les années vingt et trente. A la fin des années trente et en fonction des difficultés économiques, la vente directe se développe et elle ne cessera d'accroître sa présence sur le marché, faisant augmenter une production signée par le domaine.
Les appellations d'origine contrôlée.
L'événement le plus important du XXe siècle est la reconnaissance officielle des appellations d'origine contrôlée à partir des années trente, établissant des règles qui protègent vraiment le consommateur et moralisent profondément le marché. En 1975, nous assistons à la reconnaissance de l'AOC Crémant de Bourgogne qui met de l'effervescence dans le paysage. Le Beaujolais prend son autonomie en 1989. Une partie prestigieuse du Beaujolais (Moulin-A-Vent, Saint-Amour) se situe toutefois en Bourgogne du sud (canton de La Chapelle-de-Guinchay).
Le vigneron
En Bourgogne, l'exploitation est souvent familiale et de petite dimension. Le vigneron est généralement propriétaire de son domaine. Il produit et commercialise tout ou une partie de sa récolte en bouteilles et offre une gamme de vins généralement limitée à la région de production où il est implanté.
La cave particulière. Il s'agit d'un groupement de producteurs qui livrent leurs raisins ou leurs moûts à la cave coopérative située au coeur du vignoble, au moment des vendanges. Les vins, vinifiés puis assemblés en cuvées, sont de plus en plus directement commercialisés par les caves coopératives qui disposent la plupart du temps d'un caveau de dégustation et de vente.
Le négociant éleveur. Il sélectionne, achète, élève et vend. Les 120 négociants éleveurs de Bourgogne proposent une sélection importante dans la large gamme des appellations bourguignonnes.
De tradition, les vignerons et les coopérateurs produisent, tandis que les négociants élèvent et commercialisent les vins dans le monde entier. Un schéma simple qui pourrait être immuable. Mais cet ordre établi est, aujourd'hui, largement bousculé. Les vignerons et les caves coopératives commercent et développent régulièrement la vente en bouteilles tant à la propriété qu'à l'exportation. De leur côté, les négociants s'enracinent profondément dans le vignoble en devenant propriétaires de vignes.
Les musées
Ces musées vous proposent d'en savoir plus sur la culture de la vigne en Bourgogne.
La culture de la vigne
Terroir et climat.
Le vignoble bourguignon se compare à une immense mosaïque constituée d'une multitude de petites parcelles de vignes parfois closes par des murets de pierre. La composition complexe du sol de chaque terroir peut être très différente en l'espace de seulement quelques mètres : sa profondeur, son altitude, son exposition donnent au vin son caractère avec des nuances aromatiques et des saveurs particulières.
La Bourgogne bénéficie d'un climat de type continental avec des hivers secs et froids et des étés chauds et ensoleillés, favorables à une bonne maturation des raisins de pinot et de chardonnay qui se sont parfaitement adaptés.
Lorsque les appellations d'origine contrôlée ont été instituées durant les années trente, chaque vignoble français a choisi un point d'appui : la propriété et l'entité foncière dans le Bordelais ; la marque en Champagne ; le cépage en Alsace ; le terroir en Bourgogne.
Ce qu'on appelle le climat en Bourgogne, c'est un lopin de terre strictement délimité, reconnu pour ses propriétés vitivinicoles particulières, respectées au mètre près, portant son nom depuis des siècles et comportant un ou plusieurs lieux-dits. Chaque climat produit son propre vin d'appellation, parfois en monopole mais souvent partagé par plusieurs domaines. C'est l'idée même du terroir, le lien le plus direct et le plus sincère entre la vigne et le vin. Cela explique le nombre élevé des AOC bourguignonnes, dès lors qu'elles expriment de vraies et fortes personnalités. Les amateurs le savent bien. Ils prennent plaisir à les connaître, à les reconnaître. Le terroir réunit de nombreux facteurs climatiques : l'exposition au soleil et aux vents, la sensibilité au gel, ou encore les effets de la conduite de la vigne, etc. Le sol et le sous-sol en constituent le socle. Celui-ci doit beaucoup à la géologie, mais aussi à des phénomènes comme l'érosion.
Le cépage
Si, depuis le phylloxéra, le cépage indigène se sert de la robustesse et des racines d'un cépage américain, le porte-greffe, pour se protéger et se nourrir, lui-même n'a pas changé et reste semblable à ce qu'il était auparavant.
Le vocable de cépage ne correspond pas à une unité botanique stricte, mais à des groupes d'individus (souches) présentant un certain nombre de caractères extérieurs communs (même morphologie des feuilles notamment).
Les quatre principaux cépages bourguignons sont le pinot noir, le gamay, le chardonnay et l'aligoté.
Le pinot noir. Le pinot noir a fait, depuis la création du vignoble bourguignon, la renommée de ses grands vins rouges. Il produit des grappes compactes d'un noir violacé dont les petits grains serrés contiennent un jus abondant et sucré.
A noter : le jus du pinot noir est incolore ; c'est pourquoi, vinifié différemment, ce même jus, issu de même cépage, est aussi utilisé pour certains champagnes. En Bourgogne, c'est au moment de la macération et de la fermentation en cuve que la matière colorante, contenue dans la pellicule des baies de raisin, donne au vin sa jolie teinte rouge.
Le gamay. Le gamay a emprunté son nom à un hameau de Saint-Aubin, près de Puligny-Montrachet. Il est cité dans plusieurs textes du XIVe siècle. C'est un plant assez fertile dont les raisins sont plus ou moins serrés selon les variétés. Celle qui nous intéresse ici, c'est le gamay noir à jus blanc qui, sur les coteaux granitiques du Beaujolais, produit des vins rouges fins, agréables et bouquetés, alors que, dans les terrains argilo-calcaires de la Côte-d'Or, il ne donne que des vins plus rustres. Mais, c'est à ce plant que les vins rouges du Mâconnais et du Beaujolais doivent leur réputation.
Le chardonnay. Le chardonnay est également, depuis des siècles, un plant bourguignon. On lui doit la renommée des grands vins blancs de la Côte de Beaune, de la Côte chalonnaise, du Mâconnais et de Chablis où il est appelé communément le Beaunois. Il produit de jolies grappes dorées, aussi petites que celles du pinot, mais plus allongées et moins serrées. Ses grains sont petits, mais riches d'un jus blanc délicieusement sucré.
L'aligoté. L'aligoté est un plant mi-fin très ancien en Bourgogne. Cépage blanc assez vigoureux, ses raisins sont plus gros et plus nombreux que ceux du chardonnay et, par suite, son rendement est supérieur. Ce cépage est répandu un peu partout dans les terres qui ne conviennent pas au pinot et au chardonnay, tout en restant d'excellentes terres à vignes.
Le vin qu'il produit ne porte pas le nom du village où il est cultivé (une seule exception : Bouzeron !), mais il s'appelle légalement bourgogne aligoté. Il peut aussi entrer dans la composition du crémant de Bourgogne.
Quelques autres cépages, de moindre importance, se rencontrent aussi dans le vignoble auxerrois, notamment le sauvignon et le césar. Le premier produit un vin blanc léger et fruité dénommé Saint-Bris et le second, associé au pinot noir, donne de la solidité et une certaine longévité aux vins rouges d'appellation Irancy.
Le sauvignon. Ce cépage a acquis ses lettres de noblesse au début du XXe siècle suite à la reconstitution des vignobles après le phylloxera. Bénéficiant du climat océanique propre au Val-de-Loire, et notamment à la région de Pouilly-sur-Loire, ce cépage s'y épanouit dans les meilleures conditions, faisant ainsi appel aux sols argilo-calcaires pour déterminer l'arôme délicat des vins de Pouilly-Fumé.
Le savoir-faire
Mais il ne suffit pas de choisir un bon cépage pour obtenir des vins de qualité, il faut encore savoir pratiquer la taille qui lui convient et qui s'adapte au terroir, et savoir surtout le planter là où il est susceptible de fructifier dans les meilleures conditions. C'est ici que commencent tout le savoir-faire et le talent du vigneron. En cultivant la vigne, en vinifiant les raisins, en élevant le vin, l'artisan oriente, dirige, contrôle le travail manuel de la naissance et de la maturation du vin. Avec patience, discernement et génie, chacun a son propre style. Autant de vignerons et de négociants, sont autant de vins différents marqués du sceau du vinificateur et de l'éleveur.
Les vins de Bourgogne se caractérisent par leurs arômes, nés de la subtile combinaison entre terroirs, conditions climatiques, cépages et travail du vigneron. Ils savent être d'une grande complexité et évoluer pour défier le temps. Tous les millésimes ne sont pas égaux mais la richesse du Bourgogne, c'est aussi la variété des millésimes.