Antiquité
L'Alsace ne fait pas exception à l'extension romaine en Europe. En 58 av. J.-C., César chasse Arioviste de la région qui représente déjà un intérêt stratégique et économique majeur. La grande bataille d'Alsace qui oppose alors les deux chefs de guerre se déroule, estime-t-on, à l'ouest de Mulhouse. L'Alsace rentre alors dans le district de Germanie supérieure.
Les axes de communication déjà très développées en font un carrefour primordial et prospère dans le commerce européen, et la romanisation culturelle s'opère aisément et de manière plutôt pacifique. Mais dès le IIIe siècle, le " limès " romain, cette muraille destinée à protéger l'Empire des invasions barbares, ne peut empêcher l'incursion fréquente d'Alamans, avec tous les pillages et destructions que cela implique. À l'aube du Ve siècle, l'Alsace tombe définitivement aux mains des Alamans.
Moyen Âge
IXe-XIe siècles : l'héritage carolingien. L'Alsace exerce un attrait particulier sur Charlemagne où il se rend à plusieurs reprises dans la seconde moitié du VIIIe siècle. Ainsi, lorsqu'il est couronné empereur en 800, la région occupe une place centrale dans cet immense empire d'Occident. Les abbayes alsaciennes connaissent alors un âge d'or en obtenant plus de droits, des avantages financiers, une justice indépendante et un important agrandissement des domaines.
Mais la mort de l'empereur signe la fin de l'unité européenne et sa descendance se déchire l'héritage. Les serments de Strasbourg, traité d'alliance entre deux de ses petits-fils Louis de Germanique et Charles le Chauve, est le plus ancien document connu rédigé en roman (l'ancêtre du français) et en tudesque (l'ancêtre de l'allemand) et non plus en latin comme cela est de vigueur à l'époque.
En 962 est créé par Othon Ier le Saint Empire Romain Germanique dont les limites perdurent jusqu'au XVIIe siècle ! À l'ouest, la frontière englobe largement l'Alsace et même la Lorraine et la Franche-Comté.
XIIe-XVe siècles
L'Alsace, au coeur de la civilisation rhénane. Aux XIIe et XIIIe siècles, les ducs de Souabe et d'Alsace, la fameuse famille des Hohenstaufen, domine l'Empire. Ainsi, on retrouve de nombreuses traces de cette lignée un peu partout dans la région : un palais construit à Haguenau par Frédéric Barberousse, les châteaux du Haut-Koenigsbourg et de Kaysersberg, l'église romane de Sainte Foi, les murailles de Colmar, Mulhouse, Obernai ou encore Sélestat.
L'Empire est divisé en plusieurs territoires, les " landgraviats ", qui sont aux mains de grands seigneurs au service de l'Empereur. Les comtes d'Eguisheim et les Habsbourg font partie de ces grandes familles qui ont régné sur la région, avant que l'évêque de Strasbourg ne prenne la main sur presque toute la région au XIVe siècle.
L'une des particularités de l'Alsace dès le Moyen Âge est l'importance des villes, entités à part entière qui prennent de plus en plus de pouvoir. Au XVe siècle, il existe une cinquantaine de villes en Alsace contre une seule, Strasbourg, trois siècles plus tôt. Les remparts leur donnent un statut tout particulier : militairement bien sûr, mais également économiquement et juridiquement. Ainsi, les villes deviennent de plus en plus indépendantes.
Parmi elles, les villes impériales dépendant directement de l'Empereur et non plus du seigneur local : les privilèges sont immenses à Colmar, Sélestat ou encore Haguenau. Strasbourg jouit d'un privilège plus important encore ; ville libre d'Empire, elle devient une véritable république autonome dans l'Empire. Parmi ces villes, l'artisanat prend une place majeure et les corporations deviennent des organes puissants et très influents. Au XIVe siècle, les dix villes impériales alsaciennes se regroupent au sein de la Ligue de la Décapole qui prévoit une alliance militaire et politique.
De la Renaissance à la Révolution
L'humanisme. Dès le XVe siècle, l'Alsace s'impose comme terre d'humanisme. La région peut en effet se targuer d'avoir donné naissance à plusieurs grandes figures de ce mouvement de pensée : Geiler de Kaysersberg, Jacob Wimpfeling, Sebastian Brant et son chef-d'oeuvre la Nef des fous, Thomas Murner ou encore l'imprimeur Jean Mentel.
Avec son école latine au rayonnement intellectuel international, Sélestat est l'une des clés de voûte de l'humanisme rhénan : la ville a vu naître Beatus Rhenanus, contemporain et grand ami d'Erasme, qui a, à sa mort, légué l'intégralité de sa bibliothèque à la ville. Ce véritable trésor est toujours visible à la Bibliothèque humaniste de Sélestat.
L'ère de la réforme. Comme elle a joué un rôle fondamental dans le rayonnement de l'humanisme rhénan, l'Alsace est au coeur de la Réforme protestante qui touche l'Europe au XVIe siècle. À Strasbourg s'impose la très forte personnalité de Martin Bucer, ancien Dominicain converti et la ville devient officiellement protestante en 1529, la cathédrale recyclée en Temple. Îlot de tolérance au sein d'une Europe encore très répressive, Strasbourg devient rapidement une terre d'accueil pour tous les libre-penseurs et crypto-protestants tels Calvin, pasteur durant quelques années dans la capitale alsacienne.
D'autres villes alsaciennes passent peu à peu à la Réforme : Colmar, Mulhouse, Wissembourg ou encore Munster.
La guerre des rustauds.
Le monde rural au Moyen Âge a la réputation d'un monde figé et réactionnaire. Cependant les frustrations latentes, l'explosion du prix des céréales, l'ingérence et les exactions des seigneurs mettent le feu aux poudres et en 1525 éclate la guerre des paysans dite du " Bundschuh ", ce soulier à lacets emblématique des travailleurs de la terre.
De 30 à 40 000 indignés se regroupent en bandes du nord au sud de l'Alsace, réclamant plus de droits et de justice, revendications mises à l'écrit dans les Douze Articles. Ce mouvement attire la sympathie des populations locales ; mais la répression s'organise rapidement, particulièrement sévère, autour du duc de Lorraine. Un Alsacien sur 10 est liquidé et l'on surnomme tristement cet épisode " la boucherie de l'Alsace ".
La guerre de Trente Ans et ses conséquences : l'Alsace française. Région stratégique au coeur des tensions européennes, l'Alsace est l'une des grandes victimes de la guerre de Trente Ans au XVIIe siècle. Champ de bataille privilégié des armées européennes, pillages et exactions dans les campagnes, occupations des places fortes par les années étrangères.
L'Alsace sort littéralement effondrée de ces trois décennies de guerre quasi-constante : la moitié de la population rurale de la région a disparu, ravagée par la famine et la peste. 1648 marque l'arrêt des hostilités avec les traitées de Westphalie et le changement de main de la région qui passe du côté français. L'annexion se complète sous Louis XIV : les villes de la Décapole et la grande bataille de Turckheim gagnée par Turenne ; Strasbourg est quant à elle prise par la force en 1681.
Mulhouse : un destin " à part ".
Toute l'Alsace est alors française... sauf Mulhouse qui a connu un destin particulier. Petit retour en arrière... Après avoir fait partie de la Décapole et à la suite de querelles intestines, Mulhouse la quitte et s'allie à des cantons suisses après la guerre des Six Deniers de 1466 jusqu'à obtenir le statut de " canton allié " à la Confédération Helvétique en 1515.
La cité est très tôt gagnée par les " idées nouvelles ", elle devient complètement réformée dès 1529 - statues et images saintes retirées des lieux de culte, messe remplacée par un culte réformé, jeux d'argent interdits... Si la révolte des Fininger, une simple querelle au sujet de la possession de terres qui dégénère en guerre de religion au sein même de la ville, opposant avec violence protestants et catholiques, mit la ville à feu et à sang entre 1580 et 1590, Mulhouse est cependant peu touchée par la guerre de Trente Ans - 1618-1648 - en raison de ses choix théologiques et de ses alliances helvétiques.
À la suite des traités de Westphalie de 1648, la ville devient une république indépendante, un statut qui permettra son essor démographique et économique. C'est en 1746 que quatre jeunes Mulhousiens appartenant à des grandes familles de la ville - Samuel Koechlin, Jean-Jacques Schmalzer, Jean-Henri Dollfuss et Jean-Jacques Feer - s'associent pour fonder la première manufacture d'impressions sur tissus. Quarante ans plus tard la ville compte vingt-six fabriques de cotonnades colorées baptisées " indiennes ".
Elle se tournera principalement vers la France pour vendre sa production : les tissus en provenance de Mulhouse sont alors en concurrence avec les produits français et soumis à de lourds droits de douane - ce qui explique une contrebande florissante ! La situation est parfois tendue - blocus, contrôles...
Les motifs pour lesquels Mulhouse demandera le 4 janvier 1798 son rattachement à la France sont ainsi doubles... De manière tout à fait prosaïque, la situation économique était devenue insupportable - droits de douane exorbitants, contingentements... - et il était impossible à la ville de continuer à prospérer sans pourvoir exporter ses tissus vers la France. Mais en 1798, il faut néanmoins dire qu'une sensibilité de plus en plus forte aux idées de la Révolution française se fait remarquer dans les rangs de la bourgeoisie mulhousienne...
Ce qui explique que le jour de la réunion - le 15 mars 1798 - fut jour de liesse à Mulhouse, dont les clefs furent remises solennellement aux représentants français.
De la Révolution au XXIe siècle
Le siècle des révolutions : 1789-1870
La Révolution française et le Premier Empire - 1789-1815. La période 1789-1815 favorise l'intégration complète de la province à la nation française. Sur le plan administratif, en 1790, la généralité d'Alsace est divisée en deux départements :
Bas-Rhin au nord (chef-lieu Strasbourg) et Haut-Rhin au sud (chef-lieu Colmar).
En 1815, suite à l'intervention du tsar Alexandre Ier au congrès de Vienne, et malgré les revendications de nombreux nationalistes allemands, l'Alsace est laissée à la France.
La première révolution industrielle - 1815-1870. Au XIXe siècle, la grande industrie textile mécanisée va se développer dans les vallées vosgiennes et dans la plaine de Mulhouse. Toutes les villes de ces vallées possèdent leurs filatures ou leurs tissages et de petites industries villageoises apparaissent. À Turckheim, près de Colmar, se développent des papeteries, ailleurs, ce sont des poteries - Betschdorf - ou des brasseries...
Pendant cette période, Strasbourg, carrefour de routes depuis l'époque romaine, n'est encore qu'un centre d'industries alimentaires, une ville de garnison et un lieu de transbordement de marchandises.
L'Alsace devient Reichsland 1870-1918
La guerre de 1870-1871 et l'annexion. Par aveuglement et outrecuidance, les dirigeants français du Second Empire déclarent la guerre à la Prusse en juillet 1870. Mal préparées et mal conduites par les Français, les opérations aboutissent à la capitulation de Napoléon III à Sedan et à la défaite au bout de six mois. L'armistice est signé à Versailles, le 18 janvier 1871. La France perd l'Alsace - moins Belfort -, et une partie de la Lorraine - avec Metz. La terre alsacienne passe alors d'un empire français à un empire germanique.
L'Alsace, terre impériale. En 1911, les revendications de l'autonomisme alsacien semblent satisfaites par une constitution qui accorde au Reichsland un Parlement provincial à deux chambres siégeant à Strasbourg. Mais ces concessions sont insuffisantes.
Le mécontentement persiste et conduit parfois à l'émeute comme à Saverne en 1913. Pendant cette période, l'Alsace participe à la très forte croissance économique de l'Allemagne. Dès le début du XXe siècle, l'un des plus grands gisements de potasse au monde est découvert et exploité près de Mulhouse.
Strasbourg, bombardée en 1870 est reconstruite dans un style monumental et classique - le Kaiser Palast, aujourd'hui Palais du Rhin, le palais du Landtag devenu théâtre national, l'université...
L'Alsace lors de la Première Guerre mondiale - 1914-1918
L'Allemagne de Guillaume II déclare la guerre à la France le 3 août 1914. Le conflit, qui va durer 51 mois, voit l'Alsace et les Alsaciens exposés en première ligne. Ce n'est qu'en novembre 1918, après l'armistice, que les troupes françaises pourront pénétrer en Alsace et à Strasbourg dans l'enthousiasme populaire. Par le traité de Versailles de 1919, l'Alsace - et le nord de la Lorraine - redevient officiellement française - dans les limites de ses deux départements d'avant 1871.
L'Alsace dans la Seconde Guerre mondiale - 1939-1945
Le 3 septembre 1939, la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne. En mai 1940, grâce à l'attaque surprise de l'armée allemande par la Belgique, la percée de Sedan et la tactique de " la guerre éclair ", Hitler conduit le gouvernement de Pétain à l'armistice. Dès la défaite française de juin 1940, l'Allemagne annexe de nouveau l'Alsace - et la Lorraine -, et y installe une administration civile dont le chef sera le Gauleiter Robert Wagner.
L'Alsace est libérée de l'occupation nazie à partir de novembre 1944, par l'action combinée de la 7e armée américaine, au nord, et de la 1re armée française, au sud. Malgré la redoutable contre-offensive nazie - décembre 1944-janvier 1945 -, au nord et au sud de Strasbourg, et la résistance de la "poche de Colmar ", l'Alsace est définitivement libérée en mars 1945.
L'Alsace après 1945
Si l'immédiat après-guerre a été marqué par le retentissant procès d'Oradour-sur-Glane - en effet des Alsaciens appartenaient à la division SS " das Reich " qui s'est livrée au massacre -, une loi d'amnistie sera votée pour les Alsaciens ayant revêtu l'uniforme allemand pendant la guerre et en 1986, l'Allemagne acceptera même de dédommager les familles concernées. L'Alsace dans la paix est devenue le symbole de la réconciliation franco-allemande, et partant de là, de l'unification européenne dont elle fut la base. Il n'est donc pas surprenant de trouver à Strasbourg le siège du Conseil de l'Europe, de la Cour européenne des Droits de l'homme et du Parlement européen dont elle accueille en fait les sessions ordinaires une fois par mois, le reste du travail des parlementaires étant partagé entre Bruxelles et Luxembourg.
De nos jours
La Communauté européenne (CE) voit le jour en 1993 puis l'Union européenne (UE) en 2007. Le coeur politique de l'Union européenne, l'assemblée parlementaire, puis le Parlement, est basé à Strasbourg. Forte de sa place, la capitale alsacienne devenue capitale européenne se renforce dans son statut de grand carrefour. L'Alsace devient ainsi un grand centre d'échange, d'économie et de culture.
Grande ville universitaire, Strasbourg accueille des étudiants européens et de partout dans le monde. Son fonds documentaire, mêlant documents de France et d'Allemagne, constitue un des plus importants et riches de France ; la BNUS, située au coeur du quartier impérial, est la plus grande bibliothèque universitaire mondiale.
De nombreuses grandes entreprises françaises et étrangères ont décidé de s'installer en territoire alsacien : la main-d'oeuvre y est qualifiée, et le transport, ainsi que les échanges avec les pays de l'Union européenne facilités. C'est le cas par exemple de Peugeot, implanté à Mulhouse, ou de Liebherr qui place ses bureaux français à Colmar. L'Alsace est également une terre propice à l'entrepreneuriat.
Le tourisme et la viticulture sont aussi particulièrement importants. L'Alsace est une région qui attire chaque année de nombreux touristes, notamment pendant la période des fêtes de Noël où les marchés typiques font partie de la tradition locale. Le plus connu est celui de Strasbourg avec son fameux christkindlmarkt élu pour la deuxième année consécutive meilleur marché de Noël d'Europe. Au sud de la Région, Mulhouse attire les visiteurs du monde entier pour ses musées dont celui de l'automobile qui abrite la célèbre collection Schlumpf, une des plus belles au monde
Le patrimoine architectural et culturel fait de l'Alsace une région particulièrement riche à visiter. L'Alsace est très attachée à ses traditions, qu'on peut retrouver au travers d'innombrables fêtes de village tout au long de l'année.
L'Alsace est aujourd'hui une région particulièrement dynamique. Le PIB est le 9e de France alors que l'Alsace est la plus petite région et son taux de chômage est le plus faible de France, de nombreux habitants franchissent quotidiennement les frontières suisses et allemandes pour y travailler.
En avril 2013 un référendum a été proposé aux Alsaciens pour l'union des deux départements en regroupant les deux conseils généraux pour création d'une collectivité territoriale Alsace. Rejetée par la majorité la fusion n'aura pas lieu. En 2015, le gouvernement français impose sa nouvelle carte des Régions et regroupe la région Alsace avec celles de Lorraine et de Champagne.